À l’approche de son vingtième anniversaire, la Maison Rose Virginie de Roubaix poursuit sa mission d’accompagnement auprès des femmes et des enfants confrontés à la violence, à la pauvreté et à l’instabilité familiale. Elle offre à ses résidentes une communauté bienveillante où des sœurs, des professionnels et des bénévoles les aident à sortir de l’isolement, à retrouver confiance dans les autres et à reprendre confiance en leur avenir. À travers des entretiens réalisés par Élodie Comoy, cet article explore les relations humaines et les gestes de présence au quotidien qui soutiennent cette mission d’accueil, de dignité et d’espérance.
Une mission née d’un appel de l’Église locale
L’implantation de la communau-té à Roubaix a débuté en 2007, à la demande de Mgr Defois, alors archevêque de Lille. Après la res-tauration de la maison, la mission a été d’accueillir à partir de 2009 des femmes avec enfants en situation de précarité et victimes de violences conjugales.
Depuis, les sœurs pour-suivent cette mission d’hospitalité et d’accompagnement auprès de per-sonnes fragilisées par les épreuves de la vie, en choisissant de vivre aux côtés des familles accueillies, dans une certaine proximité, cœur de leur projet missionnaire.
«Notre mission et notre esprit se ressourcent dans la Sainte Écriture et dans les enseignements de saint Jean Eudes et de Marie de sainte Eu-phrasie.. » Constitution n° 8.
Une presence discrete, mais essentielle
Pour les sœurs, la mission ne se li-mite pas à l’organisation de la vie quotidienne. Elle repose avant tout sur une présence attentive et bien-veillante auprès des femmes et des enfants accueillis.
Au fil des jours, elles partagent leur quotidien, écoutent les inquiétudes, soutiennent dans les moments dif-ficiles et se rendent disponibles pour les besoins imprévus. Leur rôle consiste souvent à offrir ce qui manque le plus à des personnes fra-gilisées : du temps, de l’écoute et une présence rassurante.
«Nous adaptons notre présence au quotidien : gérer les urgences, ré-pondre aux besoins inattendus ou simplement être là, naturellement."explique sœur Ernestine. ''Bien plus que des gestes, nous partageons avec chacune et chacun un lien simple et vrai : prendre le temps d’écouter, rire ensemble, of-frir une présence gratuite qui récon-forte et construire une conflance qui grandit naturellement. »
En collectivite et proximite
Les temps forts de la vie communau-taire sont la prière commune, la par-ticipation à l’eucharistie, les retraites, ainsi que les rencontres régulières avec le prêtre accompagnateur, Ra-phaël Buyse. «Cela favorise la frater-nité et les échanges. »
Enfin, la relation avec la commu-nauté et la participation aux évé-nements importants de la vie des familles (anniversaires, fêtes, Noël, etc.) contribuent à renforcer les liens entre tous.
Cette proximité permet à de nombreuses femmes de retrouver progressivement l’estime d’elles-mêmes. Beaucoup arrivent avec un besoin profond de soutien moral et psychologique. Grâce à une écoute respectueuse et à un environne-ment apaisant, elles reprennent peu à peu confiance en leurs capacités, deviennent actrices de leur propre parcours et reconstruisent leur pro-jet de vie.
Une relation de conkance
L’une des particularités de la maison Rose Virginie est la vie en collectivité. Pour certaines mamans, cette perspective suscite d’abord des appréhensions.
«Ma référente m’avait décrit la maison Rose Virginie comme un lieu où il y avait beaucoup de règles à res-pecter, » raconte l’une d’elles. «En réalité, ce qui comptait surtout pour moi, c’était que mon flls ait un toit au-dessus de sa tête. »
D’autres craignaient que les différences religieuses soient un obstacle. «On m’avait dit que c’était une maison catholique. Nous sommes musulmanes et j’avais peur qu’on ne s’entende pas bien ou qu’on soit obligées d’aller à l’église. Finalement, tout le monde est très respectueux. »
Le partage des espaces communs demande parfois de l’adapta-tion. Faire la cuisine à plusieurs, attendre son tour pour certaines installations ou composer avec les habitudes de chacun n’est pas toujours simple. Pourtant, les femmes reconnaissent que cette vie collective favorise les rencontres et rompt l’isolement.
«Le collec-tif a beaucoup de positif, raconte une maman.Cela permet de créer des liens que nous n’aurions peut-être jamais eus autrement. »
Dans les témoignages recueillis, la présence des sœurs revient comme un élément central de l’expérience vécue à la maison Rose Virginie.
«J’aime discuter avec elles. On peut parler de tout. Elles nous écoutent, elles sont là pour nous. On ne se sent pas seules.» Une autre résidente ajoute : «Ce sont des amours, des perles, des personnes formidables. Elles nous aident et nous hé-bergent. »
Toutes soulignent leur disponibilité et leur absence de jugement. Cette qualité d’écoute crée un climat de confiance parti-culièrement précieux pour des personnes qui ont parfois vécu des ruptures ou des situations de grande vulnérabilité.
Les enfants eux-mêmes développent des liens très forts avec les religieuses. «Ils les adorent, raconte une maman.C’est un peu comme des mamies pour eux. C’est rassurant. »
Les bénévoles, une présence précieuse
La mission de la maison Rose Virginie ne pourrait pas se vivre de la même manière sans l’engagement fidèle des bénévoles.
Bénédicte et Marie-Andrée évoquent d’abord l’accueil reçu lorsqu’elles franchissent la porte de la maison. «La première chose qui nous touche, ce sont les sourires des sœurs et leur joie. On se sent accueillies et cela donne envie de revenir. »
À travers des sorties, des temps de présence, des activités avec les enfants ou un accompagnement ponctuel des familles, les bénévoles apportent une aide concrète et chaleu-reuse. Leur contribution peut sembler modeste, mais elle joue un rôle impor-tant dans le quotidien des résidentes.

Comme le rappelait Raphaël Buyse lors d’une rencontre avec l’équipe, «trois fois rien, c’est déjà quelque chose. »
Cette phrase résume bien l’esprit du bénévolat à la maison Rose Virginie : être là simplement, sans prétendre résoudre tous les problèmes, mais en apportant sa pierre à l’édifice.
Fêtes et moments passés ensemble
Les bénévoles participent également aux moments festifs qui rythment la vie de la maison : anniversaires, fêtes de Noël, sorties au parc ou au cinéma. Certains offrent des jouets aux enfants, des cadeaux aux ma-mans ou accompagnent les familles lors d’un déménagement lorsqu’un logement est enfin trouvé.
Pour les mamans, ces présences sont précieuses. «On aimerait voir les bénévoles plus souvent,'' confle l’une d’elles. ''ils sont formidables.'' Une autre ajoute : ''C’est comme des papis et mamies pour nos enfants. »
Une œuvre d’espérance
À travers cette mission, les sœurs, les professionnelles et les béné-voles de la maison Rose Virginie font vivre concrètement les valeurs de justice, de solidarité et de respect de la dignité humaine héritées des fondateurs de la congrégation.

Dans un contexte où l’accès au logement reste difficile et où les situa- tions familiales sont souvent complexes, la maison Rose Virginie de-meure un lieu d’espérance. Jour après jour, elle permet à des femmes et à leurs enfants de retrouver un environnement sécurisant, de re-prendre confiance en eux et de préparer un avenir meilleur.
Au-delà de l’hébergement, c’est également une véritable expérience de fraternité qui se construit. Une fraternité faite d’écoute, de respect, de patience et de confiance, où chacun apporte sa contribution pour que les per-sonnes accueillies puissent se relever et avancer à nouveau.
«Ce qui nous donne de l’espérance aujourd’hui : constater que les résidentes se reconstruisent et prennent un nouveau départ pour une vie meilleure», souligne sœur Colette.
Cet article a été initialement publié dans *Le Mag*, le magazine mensuel de la Province d'Europe-BFMN (accessible ici)






