Par Sœur Teresa Yong, assistante sociale principale au sein du programme « Ahuva Good Shepherd Small Group Care » (foyer de vie en petit groupe), Centre Marymount, Singapour
Face à la façade en pierre de la Maison-Mère de Notre-Dame de Charité du Bon Pasteur à Angers, en France, la fatigue du voyage a laissé place à une profonde sérénité. Pour celles d'entre nous engagées dans cette mission, ce séjour représentait un véritable retour aux sources spirituelles. En foulant les lieux marqués par le passage de sainte Marie-Euphrasie, le thème que j'avais choisi pour ce pèlerinage (du 28 juin au 5 juillet 2026) — «Un esprit nouveau, un zèle ravivé » — a cessé d'être un concept abstrait pour devenir une réalité vivante. Ce voyage enrichissant a permis d'harmoniser ma vocation intérieure avec les racines sacrées de notre mission commune.
À notre arrivée à la gare d'Angers, nous avons reçu un accueil chaleureux de la part de Sœur Melania Jung. En pénétrant dans ces lieux historiques où notre congrégation a pris racine, j'ai ressenti un sentiment d'appartenance inattendu. Enveloppée par cet héritage d'hospitalité bienveillante, l'agitation frénétique de la vie moderne s'est instantanément dissipée. Dans ce silence sacré, mon esprit a trouvé l'espace nécessaire pour respirer et se reposer. Je me sentais pleinement chez moi, car ce cadre reflétait la paix intérieure que je recherchais : un sanctuaire où la vulnérabilité est accueillie avec grâce.

Nous avons débuté le pèlerinage par la visite de différents espaces de la Maison-Mère. Nous remercions Sarah Elbisser, responsable du patrimoine de la Maison-Mère, pour nous avoir guidées avec patience tout au long de la visite. Les moments forts de ce retour aux sources ont eu lieu dans les lieux les plus silencieux : la chambre de sainte Marie-Euphrasie et son tombeau. Pénétrer dans la pièce où notre Mère Fondatrice a vécu, travaillé et prié, c'était comme franchir le seuil d'une intimité sacrée. Devant la simplicité de son cadre de vie, son humanité m'est apparue de manière tangible. Elle n'était plus seulement une figure lointaine des livres d'histoire, mais une personne bien réelle ayant affronté d'immenses défis avec une foi inébranlable. Dans le calme de cette chambre, une paix immense m'a envahie, m'apportant la certitude réconfortante que nous sommes toutes exactement là où nous devons être.

Ce lien intime s'est encore approfondi lors des moments de recueillement passés près de son tombeau. Dans cette atmosphère empreinte d'une profonde révérence, l'appel du pèlerinage à renouveler son esprit et à raviver son zèle a pris tout son sens. Être à proximité de sa dernière demeure, c'était comme se trouver près d'un foyer spirituel ardent. Un moment enrichissant où la passion ardente et constante qu'elle vouait aux personnes marginalisées s'est transmise directement à mon propre cœur. Je n'ai pas seulement ressenti le réconfort passif d'être «chez soi» ; j'ai perçu un appel urgent et aimant à l'action. Son héritage impérissable m'a incité à un examen de conscience pour me défaire de toute complaisance spirituelle.
Découvrir la ferveur inébranlable de notre Mère Fondatrice, qui a bâti une mission d'envergure mondiale depuis ce lieu précis, a allumé un feu intérieur en moi. Toucher du doigt l'histoire du Bon Pasteur a ravivé mon propre zèle, transformant ma foi en un désir ardent de servir aux côtés de chaque partenaire de mission..
Ce parcours extraordinaire m'a révélé que le «chez-soi» que nous découvrons ne se limite pas à des frontières géographiques. C'est un « état d'être » enraciné dans l'amour divin et guidé par une finalité claire. Je reprends mon service quotidien avec un esprit profondément renouvelé, et médite cette question dans mon service de chaque jour :
«Comment puis-je incarner le zèle de sainte Marie-Euphrasie pour que ceux que nous servons se sentent vraiment chez eux ?»
En effet, le feu allumé à la Maison-Mère et sur la tombe de sainte Marie-Euphrasie m'appartient désormais ; il m'incombe de le faire vivre en portant le zèle d'Angers jusque dans nos choix, nos relations et nos actions du quotidien, alors que nous servons ensemble. J'adresse cette prière dans le cadre de mon engagement quotidien envers Jésus, le Bon Pasteur :
Pasteur bienveillant et aimant, Merci pour l'héritage sacré de saint Jean Eudes et de sainte Marie-Euphrasie, ainsi que pour ce foyer spirituel que nous partageons à Angers. Renouvelle nos cœurs chaque jour et allume en nous un feu inextinguible, afin que notre service quotidien ne soit jamais une simple routine, mais un prolongement dynamique de ton amour. Accorde-nous le zèle nécessaire pour briser les barrières, l'hospitalité chaleureuse pour accueillir les personnes vulnérables, et la grâce de faire en sorte que tous ceux et celles que nous servons se sentent vraiment chez eux. Nous te le demandons en ton très saint nom. Amen.





