Par Michelle Ann Veluz, Good Shepherd Center, Marymount Center, Singapour
Plus que tout, j'ai perçu ce pèlerinage comme une invitation à faire une pause et à réfléchir. Avant ce voyage, j'espérais un renouveau spirituel, une meilleure connaissance de moi-même et une plus grande capacité à éprouver de la gratitude. Depuis un certain temps, je portais en moi un sentiment de vide. J'avais souvent l'impression de vivre machinalement mon quotidien, sans vraiment apprécier ce qui m'entourait. Bien que je ne sache pas exactement ce que je cherchais, j'espérais qu'à un moment ou à un autre de ce périple, Dieu parlerait doucement à mon cœur. Je ne m'attendais pas à trouver toutes les réponses ; j'espérais simplement rentrer chez moi avec un cœur un peu plus léger qu'au moment de mon départ.

En visitant les lieux liés à la vie de Sainte Marie-Euphrasie, j'ai mieux compris qui elle était. Sa vie n’a pas été facile. Elle a connu des épreuves, des sacrifices et des défis, tout en restant fidèle à Dieu et aux personnes qui lui avaient été confiées. Ce qui m'a le plus touchée, c'est de réaliser qu'elle n'a jamais cherché à bâtir un héritage. Elle a simplement répondu avec amour, là où elle voyait un besoin ; et c'est à travers ces actes de compassion ordinaires que son héritage continue d'inspirer les gens aujourd'hui.
Tout au long du pèlerinage, une citation m'a marquée : «La gratitude est la mémoire du cœur» Avant ce voyage, je pensais que la gratitude se résumait à dire «merci. » Je réalise désormais qu'il s'agit aussi de se souvenir: des personnes qui nous ont guidés, des expériences qui nous ont façonnés et même des épreuves qui nous ont fait grandir. Avec le recul, j'ai compris que chaque personne rencontrée et chaque expérience vécue avaient un sens.
Parmi tous les lieux visités, Noirmoutier est celui qui m'a le plus touchée. Savoir que c'était le lieu de naissance de notre Mère Fondatrice donnait à cet endroit une signification particulière. On nous a dit qu'en hiver, l'atmosphère y devient beaucoup plus calme, avec moins de visiteurs et de nombreux magasins fermés. Cette idée m'a d'abord semblé un peu triste, et pourtant, c'est précisément cette tranquillité qui m'a le plus émue. Elle m'a rappelé que le silence n'est pas synonyme de vide. Parfois, c’est dans le silence que nous commençons à entendre ce que Dieu tentait de nous dire depuis le début.
Une expérience qui m’a particulièrement marquée a été de parcourir le labyrinthe. Au début, je suivais simplement le chemin sans trop y réfléchir. En avançant, j’ai compris que le labyrinthe ressemblait à la vie elle-même. Sur notre chemin, nous rencontrons des personnes qui marchent à nos côtés pendant différentes étapes de notre vie. Certaines restent avec nous, tandis que d’autres s’en vont, mais chacune nous apprend quelque chose.
Une fois arrivée au centre, j’ai entrepris le chemin du retour, mais j’ai fini par me perdre. En cherchant la bonne voie, je n’ai pu m’empêcher de penser à ma propre vie. Il y a des moments où je me sens incertaine, perdue, sans savoir où je vais. J’ai fini par sortir du labyrinthe pour me reposer avant de réessayer. Cette fois, j’ai suivi discrètement quelqu’un qui connaissait déjà le chemin et, peu à peu, j’ai trouvé ma propre voie.
Cette expérience toute simple m’a rappelé qu’il n’y a aucune honte à admettre que l’on est perdu. Parfois, nous avons besoin de faire une pause et d’accepter d’être guidés par les autres. Nous n’avons jamais été destinés à traverser la vie en solitaires.
En réfléchissant à cette expérience, j’ai aussi pensé aux femmes et aux enfants que nous accueillons au refuge. Beaucoup arrivent vers nous durant l’une des périodes les plus difficiles de leur vie. Tout comme le labyrinthe, leur parcours est souvent jalonné d’incertitudes et de détours imprévus. Ce pèlerinage m’a rappelé que notre rôle n’est pas de parcourir le chemin à leur place ni de détenir toutes les réponses, mais simplement de marcher à leurs côtés avec compassion, patience et espérance, jusqu’à ce qu’elles soient prêtes à poursuivre leur route par elles-mêmes.

Avec le recul, ce pèlerinage a été une expérience profondément significative et empreinte de grâce. Au-delà des lieux visités, c’est la communion avec mes compagnons de route que je chérirai toujours. Écouter leurs récits et leurs réflexions m’a permis d’envisager la vie sous des angles différents et m’a rappelé que chacun de nous porte en soi ses propres joies, ses épreuves et ses leçons. Je suis profondément reconnaissante envers le Marymount Center de nous avoir offert cette chance de marcher sur les traces de sainte Marie-Euphrasie et de saint Jean Eudes, et de découvrir des lieux qui font désormais partie de notre mission et de notre héritage communs.
Je ne peux pas dire que je suis revenue totalement transformée, car je sais que je poursuis mon propre cheminement de vie — j'apprends encore, je continue de grandir et je cherche toujours ma voie. Toutefois, ce pèlerinage m'a offert des moments de réflexion paisibles et m'a permis de prendre conscience de choses essentielles que je garderai précieusement en moi.
En reprenant ma mission auprès des femmes et des enfants qui nous sont confiés, j'espère agir avec un cœur plus attentif, plus compatissant et plus reconnaissant. À l'instar de sainte Marie-Euphrasie, je prie pour ne pas rechercher la reconnaissance, mais simplement pour aimer et servir les autres avec fidélité, convaincue que même le plus humble geste de bonté peut avoir un impact durable.






