Par Maria José Durán, conseillère juridique, Fondation Good Shepherd, Paraguay
Lors du récent Examen périodique universel (EPU), qui s'est tenu à Genève du 10 au 13 février 2026, pendant la 52eème session du Conseil des Droits de l'Homme, la société civile paraguayenne a de nouveau fait entendre sa voix. Notre objectif était de porter à la connaissance de la communauté internationale la voix de celles et ceux qui sont trop souvent ignorés : les filles, les garçons, les adolescents et les femmes victimes de Traite et de violences sexuelles, ainsi que les familles endeuillées par la disparition de leurs proches.
La Fondation Bon Pasteur au Paraguay, une mission du Bon Pasteur, a participé activement à la pré-session consacrée au Paraguay, en coordination avec une coalition d'organisations spécialisées. Le Rapport alternatif soumis au Conseil des Droits de l'Homme détaille données, preuves et témoignages qui révèlent la réalité persistante de graves violations des droits humains, ainsi que l'urgence de renforcer le devoir de diligence des États en matière de prévention, de protection, d'enquêtes et d'accès à la justice.
La pré-session du 10 février a constitué un moment stratégique du processus de l’EPU. C’est à ce stade que les organisations de la société civile peuvent dialoguer directement avec les délégations des États pour partager leurs conclusions et proposer des recommandations concrètes, susceptibles d’être présentées officiellement lors de l’examen officiel du pays.
Notre mission n’était toutefois pas uniquement technique ; elle était avant tout profondément humaine. Chaque réunion a été l’occasion de traduire les statistiques en récits, les chiffres en visages et les catégories juridiques en expériences vécues, marquées par la douleur, mais aussi par la résilience. Porter la voix des survivantes implique une responsabilité éthique : celle de parler avec rigueur et respect, avec la ferme conviction que le plaidoyer international peut contribuer à un changement significatif dans les réalités locales.
À titre personnel, participer à ce processus a été pour moi une immense responsabilité et une source d’espoir. Être assise à Genève devant les représentants de la communauté internationale, pleinement consciente que derrière chaque mot se cachent des filles, des adolescentes et des femmes qui nous ont confié leur histoire, transforme notre façon de travailler.
Il ne s’agit pas simplement de présenter des données ou de formuler des recommandations ; il s’agit d’honorer la confiance de celles et ceux qui aspirent à la justice. À chaque réunion, j’ai ressenti avec force que notre présence n’était pas seulement individuelle ou institutionnelle, mais collective : nous portions la voix de nombreuses vies marquées par la violence, mais aussi par une dignité remarquable.
Le rapport porte principalement sur les violences sexuelles faites aux filles, aux garçons et aux adolescents, la Traite des personnes et les disparitions. Il souligne la vulnérabilité accrue des personnes vivant dans la pauvreté, dans les régions frontalières ou au sein des communautés autochtones. Il attire également l’attention sur des défis persistants : efforts de prévention insuffisants, réponses limitées aux nouvelles formes de recrutement en ligne, l’impunité structurelle et les obstacles persistants à un accès effectif à la justice.
Tout au long des discussions tenues pendant la session préparatoire, l’importance de formuler des recommandations spécifiques et mesurables a été soulignée : des recommandations qui renforcent les capacités institutionnelles et promeuvent des politiques publiques globales fondées sur le cadre des Droits Humains, une perspective de genre et une protection renforcée de l’enfance. Il a également été souligné que le suivi des recommandations des cycles précédents va au-delà de la simple conformité formelle et se traduit par des améliorations tangibles et vérifiables dans la vie des gens.
Pour la Congrégation et sa mission de longue date, cette participation n’est pas un effort isolé. Elle s'inscrit dans un engagement constant à défendre la dignité des femmes, des filles, des garçons et des adolescents, en particulier ceux qui subissent les formes les plus graves d'exclusion et de violence. Du Paraguay à Genève, notre action pastorale et sociale s'étend à l'échelle internationale, forte de la conviction que le plaidoyer au sein des instances multilatérales renforce et complète l'action de terrain.
L'EPU est plus qu'un simple mécanisme diplomatique ; c'est une occasion pour la communauté internationale d'écouter, d'engager le dialogue et d'appeler les États à respecter leurs obligations en matière de Droits Humains. Notre présence sur place – où nous avons porté la voix de la société civile et des victimes devant les différentes délégations – a réaffirmé notre conviction que la défense des Droits Humains exige présence, intégrité et persévérance.
L'espoir qui guide ce travail est clair : que chaque recommandation formulée contribue à prévenir les violences futures, à protéger les personnes en danger et à garantir la vérité et la justice pour celles et ceux qui ont déjà souffert.
Car derrière chaque rapport soumis se cachent des vies en quête de réponses –des vies qui nous appellent à agir pour autonomiser, rétablir les droits et défendre la dignité de chaque personne.






