Appelée au combat : Mon parcours d'activiste politique comme sœur aux Philippines

Appelée au combat : Mon parcours d'activiste politique comme sœur aux Philippines

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Appelée au combat : Mon parcours d'activiste politique comme sœur aux Philippines

Appelée au combat : Mon parcours d'activiste politique comme sœur aux Philippines

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Par Maureen Catabian, Philippines (Province des Philippines/Japon)

Je venais de terminer mes études dans une université catholique réputée de Manille et de travailler dans une entreprise de télécommunications du quartier financier de Makati lorsque M. Benigno «NinoyNinoy » Aquino fut assassiné en 1983. La situation politique et économique du pays était alors très fragile. C'est à cette époque que j'ai participé pour la première fois à une grève ouvrière pour réclamer une augmentation de salaire. En 1985, j'ai démissionné de mon poste de psychomotricienne pour entrer au postulat chez Notre-Dame de Charité du Bon Pasteur. C'est alors que mon engagement a commencé à se dessiner.

Au début de ma formation initiale, la Congrégation était encore en deuil de nos quatre sœurs disparues lors du naufrage du MV Doña Cassandra. Le Doña Cassandra, un paquebot, a coulé dans les eaux profondes au large de Butuan, à Mindanao, lors d'un typhon le 21 novembre 1983. Les sœurs, accompagnées d'autres religieuses et laïques, se rendaient à une retraite spirituelle à Cebu. Les sœurs qui ont entendu l'histoire selon les survivants ont rapporté que les quatre sœurs qui se sont noyées «ont été vues en train de distribuer leurs gilets de sauvetage aux pauvres et aux enfants qui se trouvaient avec elles sur le bateau». Leurs derniers instants sont devenus pour nous un témoignage vivant d'amour désintéressé, inspiré par l'esprit du Bon Pasteur qui donne sa vie pour les autres. Ce souvenir a marqué le début de ma formation et c'est là que j'ai découvert ce que signifie appartenir à une congrégation fondée sur un tel témoignage.

J’avais un peu plus de 20 ans et j'aspirais à devenir sœur, quand j'ai rencontré plusieurs sœurs du Bon Pasteur considérées comme des militantes sociales, progressistes et radicales dans leur engagement envers le peuple, en particulier les plus démunis. J'ai rendu visite à des sœurs vivant dans une communauté «intégrée» intégrée au sein du quartier informel de Leveriza à Manille.

Sœur Christine Tan à Leveriza, Manille, Philippines. Avec quatre autres Sœurs du Bon Pasteur, elle a choisi de vivre parmi les populations urbaines défavorisées. (Avec l'aimable autorisation du Secrétariat RGS Philippines-Japon)

C’est là que j’ai rencontré sœur Christine Tan, devenue la première provinciale philippine de Notre-Dame de Charité du Bon Pasteur en 1961. Sœur Christine, avec quatre autres sœurs du Bon Pasteur, a choisi de vivre parmi les pauvres à Leveriza, un quartier défavorisé de Manille. Elle est une fervente défenseure de la justice sociale et une pionnière de l’option préférentielle de l’Église pour les pauvres.

Dans les années 1970, l’aggravation de la la pauvreté et l’instabilité politique dans le pays ont incité les sœurs à réfléchir à des manières plus radicales de vivre leur mission de réconciliation dans le monde.

Les services traditionnels de résidences pour filles et femmes, initiés par les missionnaires étrangers arrivés en 1912, se sont poursuivis. Parallèlement, les sœurs ont été appelées à «aller là où sont les gens, en particulier les pauvres». C’est ainsi que des apostolats socio-pastoraux ont été établis à Luzon et dans la région de Mindanao.

Des programmes pastoraux ont été mis en place pour servir différents secteurs de la société, notamment les jeunes et les agriculteurs de la province d'Isabela, les communautés urbaines pauvres de Manille, les peuples autochtones de Mindanao, les travailleurs migrants de Davao et les femmes en situation de prostitution, ainsi que les enfants de Cebu. Ces programmes privilégiaient les interventions communautaires auprès des populations pauvres et marginalisées.

Nos sœurs ont participé activement aux manifestations et mobilisations de rue qui ont mené à la Révolte du pouvoir populaire de 1986, le grand soulèvement pacifique le long de l'avenue EDSA (Epifanio de los Santos) qui a renversé le dictateur Ferdinand Marcos Senior.

Une commission pour la Constitution a ensuite été convoquée, et sœur Christine Tan en a été nommée membre. Cette commission a rédigé la Constitution philippine de 1987 sous le gouvernement révolutionnaire de la présidente Corazon Aquino.

Sœur Rosario Battung, du Bon Pasteur, est honorée lors d'un événement marquant le 40ème anniversaire de la ‘Task Force Detainees’ des Philippines, une organisation de défense des droits humains, au St. Joseph's College de Quezon City. (Avec l'aimable autorisation du Secrétariat RGS Philippines-Japon)

Parmi les autres "figures emblématiquesde la Congrégation du Bon Pasteur qui se sont distinguées par leur engagement, on peut citer sœur Pilar Verzosa, fondatrice de Pro-Life Philippines; Sœur Soledad Perpiñan, fondatrice du Mouvement du Tiers-Monde contre l'exploitation des femmes et militante contre la présence de bases militaires américaines à Olongapo dans les années 1990 ; et Sœur Rosario Battung, membre active de l'Association œcuménique des théologiens du Tiers-Monde, un groupe de religieux et religieuses qui ont élaboré une théologie contextualisée aux Philippines et en Asie.

Sœur Soledad Perpiñan à la Maison pour Grandir ‘Nazareth’ de Quezon City. Sœur Perpiñan a dirigé le Service des Sœurs du Bon Pasteur auprès des personnes atteintes du sida. (Avec l'aimable autorisation du Secrétariat RGS Philippines-Japon)

C'est dans ce cadre de formation théologique contextualisée pour les religieux et religieuses que j'ai été formée, remise en question et transformée. J'ai développé une préférence pour les pauvres, appris à décrypter les signes des temps, appris des communautés locales grâce à des programmes d'immersion et de découverte, et me suis solidarisée avec les luttes et les aspirations des populations pauvres et marginalisées de la société philippine en quête d'une vie pleine et entière.

L'introduction d'une théologie et d'une formation contextualisées pour les prêtres et les religieux dans les années 1990 a été encouragée par des congrégations missionnaires progressistes telles que l'Ordre des Frères Mineurs, les Rédemptoristes, les Missionnaires du Sacré-Cœur, les Carmes, les Sœurs Missionnaires Augustines et Notre-Dame de Charité du Bon Pasteur, par l'intermédiaire du Centre Théologique Inter-Congrégationnel (CTIC), or ICTC.

Le CITC était un institut non traditionnel où les étudiants étudiaient et vivaient au contact des populations les plus défavorisées. Nos salles de classe étaient les rues de Quiapo et de Baclaran. En gravissant le mont Banahaw, dans la province de Quezon, nous avons découvert la religiosité et le mysticisme populaires. Nous avons étudié la théologie aux côtés de pêcheurs, de communautés urbaines pauvres et d'agriculteurs, tout en participant à des mobilisations de travailleurs et d'étudiants.

Nous avons appris les outils de l'analyse sociale et de la réflexion biblique et théologique lors de nos programmes d'immersion.

Les programmes d'été du Juniorat de la Congrégation de Notre-Dame de Charité du Bon Pasteur ont été élaborés en collaboration avec des réseaux d'organisations non gouvernementales et d'organisations populaires, selon le modèle de la formation contextualisée.

Un été, j'ai travaillé comme ouvrière dans une conserverie de thon Century afin de mieux comprendre les conditions de travail abusives et oppressives auxquelles étaient confrontées les ouvrières. J'ai dormi sur les piquets de grève en solidarité avec les grévistes et assisté à des discussions entre responsables syndicaux.

Mes rencontres avec les réalités des communautés pauvres m'ont permis de comprendre que «les pauvres sont les véritables évangélisateurs», car ils endurent des luttes quotidiennes avec une foi profonde en un Dieu libérateur.

Les réflexions de groupe et les séances d'intégration que nous organisions après chaque rencontre avec ces communautés ont affiné notre analyse critique des conditions sociales contribuant à l'appauvrissement de nombreux Philippins.

Nous avons compris leurs luttes quotidiennes et leurs aspirations à une transformation sociale et intégrale. Ces expériences ont renforcé notre engagement à être solidaires des pauvres, notamment en participant à des manifestations demandant des comptes au gouvernement.

L'option préférentielle pour les pauvres, la capacité à déceler les signes des temps et l'apprentissage auprès des personnes sur le terrain sont devenus quelques-uns des fondements de mon militantisme politique et social. L'inspiration, le témoignage et le mentorat de nos aînées du Bon Pasteur et de nos collègues ont soutenu notre engagement à œuvrer pour la libération des femmes des structures oppressives, à défendre la justice sociale, à poursuivre les efforts de paix et à prendre soin de notre maison commune.

Notre charisme de miséricorde et notre mission de réconciliation continuent d'évoluer au sein de réalités mondiales changeantes et complexes. Les Bureaux : Femmes, Justice et Paix et Intégrité de la Création de Notre-Dame de Charité du Bon Pasteur aux Philippines et en Asie poursuivent notre cheminement vers l'édification d'une culture universelle de justice justice et une transformation intégrale de notre monde.

Publié pour la première fois dans Global Sisters Report le 20 mai, 2026, (accessible ici) et reproduit ici avec leur aimable autorisation.

En savoir plus sur la mission du Bon Pasteur aux Philippines ici.

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