Par Charlotte Vogel, Représentante adjointe de Good Shepherd International pour la justice et la paix, Bureau de New York
« Nous insistons sur le fait que toute personne, quel que soit son statut migratoire, est titulaire de droits et que leur protection est un impératif moral. »
Prises de position d'OLCGS
La gouvernance mondiale des migrations est confrontée à un défi majeur, les États membres des Nations Unies étant de plus en plus divisés sur la manière de garantir le respect des droits humains des migrants et de coordonner les stratégies internationales en matière de migration. Le 20 mai 2026, une majorité d’États membres a voté pour du Déclaration d'étape du Forum international sur l'examen des migrations (IMRF). Ce cadre aborde des questions complexes liées à la migration, et il appartient désormais aux responsables politiques de transposer cet accord dans la législation nationale.
BPIJP représentante adjointe, Charlotte Vogel a assisté à la deuxième réunion quadriennale de l'IMRF à New York, du 4 au 8 mai, afin d'observer le long processus qui a permis de parvenir à un tel consensus. Des représentants des gouvernements, de la société civile et des entités des Nations Unies ont fait part de leurs préoccupations concernant le traitement et la protection des 304 millions de migrants, ainsi que des approches et des recommandations fondées sur les droits. Ces discussions ont porté sur la mise en œuvre d'un accord international majeur : le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières (Pactes mondiaux sur les migrations). Il s'agit du premier accord global et centré sur les personnes conclu entre les gouvernements en matière de migrations internationales, adopté par 152 pays en 2018. De nombreux pays ont qualifié ce document de «pays champions» incarnent la présence du Bon Pasteur, soulignant ainsi leur responsabilité commune de protéger les migrants et rappelant à nos ministères à travers le monde qu’ils doivent défendre les droits de l’homme dans les politiques migratoires locales et nationales.
« Les réfugiés et les migrants ont droit aux mêmes droits humains universels et libertés fondamentales, qui doivent être respectés, protégés et garantis en toutes circonstances. »
Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières
Lors de l'événement organisé par le GSIJP sur les approches sensibles au genre en matière de migration, en marge de la 70e session de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies (CSW70) en mars, nos intervenants ont clairement expliqué l'importance d'un instrument international majeur tel que le Pacte mondial pour les migrations (PMM) pour l'action de terrain. Cecelie Kern, présidente du Comité des ONG sur les migrations et ancienne représentante du GSIJP, a affirmé que les filles et les femmes migrantes ont «le droit d'appartenir à une communauté, d'être protégées et de faire entendre leur voix au sein de systèmes qui, trop souvent, parlent d'elles sans les consulter». Au cours de cet événement, Sœur Gilma María Muñoz Calderón a souligné que «la protection ne peut être ni isolée ni temporaire. Elle doit s'étendre au-delà des frontières et accompagner tout le parcours migratoire». Ces propos essentiels reflètent un aspect fondamental du PMM : l'approche par itinéraires. Ce cadre de collaboration propose une approche globale et transfrontalière qui mobilise les gouvernements et d'autres acteurs afin de soutenir les réfugiés et les migrants depuis leur pays d'origine, en transit, jusqu'à leur pays de destination.
État des migrations
Avant le Forum international sur les migrations et les droits de l’homme (FIMH), le Secrétaire général António Guterres a dressé un tableau sombre de la situation lors de la publication du rapport biennaldu Plan mondial pour les migrations (PMM). Ce rapport indiquait qu’entre 37 et 42 millions d’enfants migrantsétaient concernés et que 202 478 personnes avaient été victimes de Traite entre 2020 et 2023, dont 61 % de femmes. De nombreux pays ont également soumis des rapports d’étape volontaires contenant des données sur les vulnérabilités, telles que le non-respect des droits et des procédures de sécurité pour les filles et les femmes. Ces rapports ont révélé des lacunes dans la mise en œuvre des politiques et l’insuffisance des mesures gouvernementales pour promouvoir les droits humains, notamment dans le domaine des migrations, en raison de la dégradation de l’environnement et des catastrophes climatiques.

Le Brésil, par exemple, a soumis un rapport et figurait parmi les pays d’Amérique latine qui, avec le Salvador, la Colombie et l’Uruguay, entre autres, ont œuvré pour des progrès plus importants depuis les négociations à huis clos jusqu’à l’adoption de la Déclaration de progrès. Ces pays ont fait écho au travail déjà mené par les programmes du Bon Pasteur dans la région, qui renforcent les initiatives de lutte contre la Traite des personnes, donnent la priorité à la protection des filles et des femmes et s'attaquent au lien croissant entre changement climatique et mobilité humaine.
Cependant, les récentes évolutions des politiques gouvernementales compromettent ces efforts. La Rapporteuse spéciale sur la traite des personnes, Siobhán Mullally, a condamné l'instrumentalisation de la prévention de la Traite pour imposer des réglementations plus strictes qui, involontairement, accroissent la vulnérabilité des migrants en les forçant à emprunter des routes plus dangereuses.
Nous le constatons au Chili, où notre service, la Fondation Madre Josefa, a dû faire face aux conséquences de la fermeture par le gouvernement de six centres d'accueil pour migrants en situation irrégulière dans la ville frontalière de Colchane, au nom de la sécurité nationale. Pour les filles, la détention d'enfants et la séparation familiale restent une pratique courante, bien que cela ne soit jamais dans leur intérêt supérieur. Concernant le changement climatique, des experts ont déploré l'absence de protections juridiques claires et l'inaccessibilité des mécanismes juridiques pour ces migrants.
La Déclaration sur les progrès accomplis affirme que les droits et la dignité de tous les migrants doivent être garantis à chaque étape de leur migration, quels que soient leur statut migratoire, leur situation géographique ou leur appartenance politique. Pourtant, une grande partie de la société civile est restée insatisfaite, et peu de progrès ont été réalisés depuis la signature du Pacte mondial pour les migrants il y a huit ans.
Face à des politiques nationales de plus en plus restrictives et à un discours international hostile, il est plus urgent que jamais pour nous, Notre-Dame de Charité du Bon Pasteur, de défendre les droits des migrants et de leur offrir une protection, conformément à notre charisme de ne laisser personne derrière.






